• alexandrine

SANS EN AVOIR L'AIR

Mis à jour : févr. 6

Ce matin-là, dans ma classe, on parle de métaphore. Une image en appelant une autre, on en vient à s'interroger sur la lecture. Rien d'étonnant me direz-vous dans un cours de Français...


Pourtant je ne leur avoue jamais que dans ma bibliothèque intérieure, le rayonnage est en anglais. Sur les tranches des livres, on trouve Mrs Dalloway de Virginia Woolf, The Sound and the Fury, de William Faulkner, Toni Morrison, Paul Auster, Philip Roth ou Edgar Allan Poe...


C'est eux qui m'ont fait entendre le souffle, le rythme, les sons, les tonalités, les silences. Le doute, le désespoir, et l'amour, et la joie. C'est avec eux que j'ai découvert la littérature. C'est avec eux aussi que j'ai appris à aimer ma langue. Le français. Et ses fabuleux écrivains.


La rencontre aurait pu survenir de mille façons. Pourtant c'est un simple exercice scolaire de traduction qui a tout changé. Je me souviens, c'était du thème. La version ça allait, mais le thème, je détestais.

"Hey dites donc, vous avez vu les canards près de Central Park South ? Le petit lac ? Vous savez pas par hasard où ils vont ces canards, quand le lac est complètement gelé ? Vous savez pas ? Il s'est retourné et il m'a regardé comme si j'étais vraiment fêlé. À quoi tu joues ? À te foutre de ma gueule ? Nan - c'est seulement que ça m'intéresserait de savoir."

Voilà. C'est fait. Après ça je me plonge dans The Catcher in the Rye de J-D Salinger. Après ça je m'inscris en fac d'anglais où pourtant, pour décourager l'amphi plein à craquer, on nous dit que si on est là pour apprendre l'anglais on peut rentrer chez nous. Ici on étudiera la littérature et l'histoire. Très bien, merci pour l'info mais perso j'en profiterai aussi pour apprendre la langue, on n'a pas de parenté British nous dans la famille.


Perdue dans ces pages où je découvre la moitié des mots, j'apprends à lire.


M'accrochant aux branches tendues par Shakespeare, Brontë, Hawthorne, Dickens ou Thoreau, je suis bercée par l'agencement des mots, la syntaxe et la prosodie. Cette langue dynamique, musicale et formidablement picturale me montre que c'est dans l'écoute de la parole littéraire, celle qui ouvre toutes les portes, que réside la lecture.


Et aussi vrai qu'elle est un acte silencieux aux infinis pouvoirs, la lecture se reçoit et se partage d'abord à haute voix.


Pour qu'un jour on puisse, seul, et sans en avoir l'air...

Ouvrir un livre.




Et vous, quelle est votre bibliothèque intérieure ?


Voici un dossier passionnant que j'ai découvert quelques mois après avoir lancé le Bed and Books et bien entendu, ça m'a parlé... Merci France Inter !

© 2018 par Alexandrine Cortez Bed and Books

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